En parlant donc du Sénégal, et plus précisément de Saint-Louis (qui par sa physionomie, l'aridité de ses paysages et sa relation très chère au fleuve Sénégal, semble d'ailleurs bien différente de Dakar), on ne peut omettre de vous raconter cette rencontre, simple et tendre, que nous avons fait avec la famille de Pape à la Réserve de Guembeul.
| Tortue sillonée, femmelle, 80ans ++ |
Nous sommes arrivés vers 16h30 à la Réserve de Guembuel où Pape nous a réservé un accueil très chaleureux et nous a emmené en visite dans le parc avant le coucher du soleil. Rencontre avec les tortues centenaires et leur progéniture protégée, approche d'un oryx venu se réhydrater aux abords de l’accueil, rencontre furtive avec une famille de phacochères, observation des pélicans et flamands sur le plan d'eau... on découvre toute la diversité de ce qu'on avait pris au départ pour un désert bien triste. La ballade en pick-up, Pape et moi à l'arrière pour surveiller Ozzie qui lui est en train de vivre LE safari, est l'occasion d'échanger sur l'enjeu écologique de ce site, les problématiques environnementales propres aux alentours de Saint-Louis, l'engagement bénévole et sans faille de Pape sur la Réserve, lui qui n'est pas agent d'état mais vit ici avec sa famille pour assurer les visites. Je crois que notre curiosité l'a séduit, il y a quelque chose d'émouvant lorsque la visite se termine et que l'on s'apprête à repartir. On échange nos numéros de téléphone et je m'engage à venir lui donner un coup de main pour un dénombrement d'espèces (qui a lieu chaque 28 du mois) ou pour de menus travaux dans la réserve.
| Pape et sa famille - Réserve de Guembeul |
Quelques jours plus tard, Pape nous appelle pour nous inviter à partager le repas de Korité à la Réserve. Surprise. Doute. Ok : nous viendrons pour midi. On apprend à nos dépends qu'ici, apporter quelques chose lorsque l'on est invité, n'est pas très correct, c'est comme craindre de ne pas avoir assez... Assis autour d'un grand plat de couscous, nous arrachons à mains nues les membres du poulet fermier, mélangeons la chair à l'oignon confit (très présent dans la cuisine d'ici) et à la semoule bien légère, puis portons la grosse boule savoureuse ainsi faite à nos bouches. Ozzie nous regarde avec des yeux grands écarquillés : quoi, on fait exactement le contraire de se qu'on lui a toujours appris? Et c'est là qu'on peut observer toute la puissance des codes et de l'habitude, mais aussi de l'influence sociale : il s'y atèle d'abord avec un profond dégoût (un peu gênant devant nos hôtes...) pour finalement faire comme ses nouveaux copains, Assane et Oussenou, avec entrain et gourmandise.. On a cru à quelque chose de familier lorsque Pape et sa femme se sont montrés insistants pour que nous mangions davantage ; tout a fait poliment, nous nous sommes exécutés à plusieurs reprises.
| "Lézarder comme un margouillat" |
| La Brèche, jonction du fleuve et de la mer |
![]() |
| La Langue de Barbarie allait en 2002 de St-Louis au Sud de Tare sans discontinuer - Google 2015 |
Nous amarrons finalement au milieu des jeunes pousses de palétuviers, taquinons les colonies de crabes (qui font sursauter Thiouna) et nous brûlons les pieds jusqu'à La Brèche. Bon, difficile en réalité de prendre la mesure de ce qui s'y passe : on dirait Lacanau une journée aux drapeaux jaunes... Mais il y a quelque chose dans l'air qui fait tout suite penser au chaos : sans doute les arbres morts noyés qui jonchent le bancs de sable, l'attitude paisible des grands pélicans et cormorans qui semblent chez eux comme dans un eldorado retrouvé, affranchi de toute activités humaines, ou encore l'air solennellement attristé de Pape et sa famille, repensant pour sûr à leur enfance passée ici ; il n'y a plus trace d'aucun hôtel bien qu'on nous promette qu'en décembre encore, ils y étaient! De longues minutes silencieuses s'écoulent : contemplation fascinée par les forces vives de la nature, colère urgente face à l'indifférence des puissants, questionnement, peine, puis désarroi ; long soupir. Rapidement, nous tournons le dos à cette endroit devenu presque hostile et regagnons la pirogue têtes basses. Comme pour mémoire, nous nous égratignons les pieds sur ce qu'on appelle désormais dans notre petite tribu, les "piqu'enboules****".
| Comme vous savez, Seb adore se coller... |
Lors de notre retour à St Louis, les rues sont presque désertes, c'est exceptionnel pour un samedi soir, mais pas pour un soir de lutte! Le corps et l'esprit fatigués de cette chaude journée, la famille Kouchkouch s'endort avant le dernier appel à la prière du Muezzin. Je rêve désormais de baobabs, du fleuve et de rues ensablées, le Sénégal grignote l'imagerie de mon ancien quotidien et s'installe à sa place, insidieusement... comme les piqu'enboules.
*Apprécierait-on d'ailleurs que la presse internationale se risque à faire des généralisations sur l'Europe à partir de la seule situation actuelle de la Grèce ? J'en doute et ce serait assez injuste et révoltant! C'est pourtant ce que nous faisons à chaque fois que nous entamons une phrase par "l'Afrique, c'est..." Nous tenterons d'éviter cela au mieux désormais sur ces pages, de même que focaliser le récit sur l'alarmant, le choquant, l'inquiétant, le grave, le triste... Tâchons d'être optimistes!!
**Thiouna et Joël nous expliquerons 3 jours plus tard qu'il s'agissait en réalité d'une marque de politesse : on était censés refuser poliment en remerciant et ne surtout pas rester, ni se resservir 5 fois du poulet!!!. Désormais, on applique avec sincérité la question "1er ou 2e degré?", ce qui fait beaucoup rire les personnes à qui nous racontons au passage avec autodérision cette anecdote.
***Ok je reconnais, je n'ai pas tenu plus de la longueur de cet article avant de contrevenir à l'engagement pris dans la première note... Mais si vous me permettez d’être pointilleuse, vous noterez que je n''avais pas dit "catastrophe écologique" dans ma première phrase ... ;-)
****Un peu clin d’œil aux Blancards qui seuls devineront pourquoi nous n’appelons plus cela des "boules piquantes"... ;-)

Ben voilà un projet humanitaire pour toi Maya?
RépondreSupprimerPour reboucher la brèche?
SupprimerMerci pour les photos de"mes hommes", Maya. Je sens que tu ne vas pas manquer d'activités!
RépondreSupprimerA la prochaine invitation, n'oubliez pas de roter pour marquer votre satisfaction d'hôtes repus, sinon vous risquez d'éclater:)
Un peu de mal à vous suivre dans le dédale géographique de la Brèche. Il va falloir que j'en parle à Flo Seriers, spécialiste des cordons lacunaires...
Je ne sais pas si Laure arrive à prendre le temps de vous lire, mais je sais qu'elle va beaucoup envier Ozzie d'avoir rencontré une aussi belle tortue. Que pense mon petit - fils de sa nouvelle vie?
Et cette fameuse"Maison rose", que es? Cela m'évoque irrésistiblement Rimbaud mâtiné des cinquante nuances de piqu'enboules...
Dimanche, vos oreilles siffleront! Je retrouve leschichinettes.
Plein de bises
La maison rose c est l hôtel ou nous sejournons attendant d avoir de l eau dans notre maison rose à nous :)
RépondreSupprimerWouha !!!!! C est vraiment trop agréable de vous lire ! C est comme si on y était ! Et bravo pour tout ! Zetes bien les copains ! Je vous embrasse ! Jade
RépondreSupprimerSuper Maya, un plaisir de lire vos articles, ton écriture est très agréable, je décroche seulement parfois dans les explications environnementales, comme un mini assoupissement devant un documentaire plus qu’intéressant mais qui me berce! Je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais dès que le temps me le permet, je m'y atèle! En tout cas ça donne envie!
RépondreSupprimerEva
Super Maya, un plaisir de lire vos articles, ton écriture est très agréable, je décroche seulement parfois dans les explications environnementales, comme un mini assoupissement devant un documentaire plus qu’intéressant mais qui me berce! Je n'ai pas eu le temps de tout lire, mais dès que le temps me le permet, je m'y atèle! En tout cas ça donne envie!
RépondreSupprimerEva