| "La pollution tue aussi l'économie touristique" - Aire marine protégée de Saint-Louis |
-Ah tiens, le bureau d'information des parcs et réserves naturels du Sénégal... On y va ?
Nous traversons la route et dépassons un vestibule où un homme fume nonchalamment une cigarette...
-Salaamaalekum ! le gars à l'entrée,
-Maalekum salaam, nous trois en cœur.
-Na nga def?
-Maa ngi fi rekk.
Il disparaît dans une pièce sombre dont l'entrée est fermée par un rideau... il n'en ressort pas et nous laisse seuls au milieu d'une expo délavée, qui sent sérieusement la naphtaline...
-Bon beh...
-Ben ouai... (rires)... Ah attends, il y a un escalier qui mène vers des bureaux, je monte jeter un coup d’œil!
Sur le palier du premier étage, j'aperçois un type derrière un ordinateur portable. Je m'aventure dans cette pièce que Seb prend pour une chambre à coucher à cause de la nappe à motifs qui recouvre une immense table et qu'il confond avec un couvre-lit. - Attends, tu vas où... ?
-Salaamaalekum ?!
-Maalekum salaam me répond le jeune homme en retirant son casque audio. Ca va ?
-Très bien ! Et vous ça va?
-Ça va, ça va! Et le petit ça va ?
-Oui, ça va merci...
-...
-Bon, en fait on vient vous voir pour deux choses. La première, c'est savoir si vous avez une liste des associations qui œuvrent sur la ville de St Louis et auxquelles ont pourrait se rattacher pour participer à des actions de soutien ou de sensibilisation pendant notre temps libre?
-Ah ok, attendez un instant.
Le type se lève pour aller échanger avec quelqu'un dans la pièce à côté. Au bout d'une minute, il se retourne et nous fait signe d'approcher, de nous installer en face du bureau du type avec qui il vient de parler...
-Bonjour, installez-vous, je vous en prie, nous dit à son tour le monsieur retirant également un casque audio.
-Salaamaalekum , merci! Ça va ?
-Ça va, ça va! Et le petit ça va ?
-Très bien ! Et vous ça va?
-Oui, ça va merci...
-...
-Bon, en fait on vient vous voir pour deux choses.
-Allez-y, je vous écoute.
-La première, c'est savoir si vous avez une liste des associations qui œuvrent sur la ville de St Louis et auxquelles ont pourrait se rattacher pour participer à des actions pendant notre temps libre? Par exemple, on a rencontré Pape à la Réserve de Guembeul, on a essayé de lui donner un petit coup de main en comm en créant une page Facebook et il va sans doute nous appeler quand il aura besoin d'aide pour des menus travaux dans la réserve. On aimerait bien rencontrer d'autres personnes comme lui pour apporter notre soutien à d'autres causes.
-D'accord, d'accord. Merci beaucoup, on est très honorés quand des personnes comme vous nous proposent des partenariats. Mais vous voulez travailler avec des associations ou avec nous ?
-Heu ben, je sais pas trop... on aimerait bien choisir la cause mais on est plutôt ouverts..
-D'accord, d'accord, patientez un instant.
Le type se lève et disparaît à son tour dans une pièce sombre située derrière son bureau. Il revient au bout d'une minute et me dit :
-Ecrivez-ici votre numéro de téléphone, on va vous rappeler demain.
-D'accord... J'inscris le numéro de seb sur la première feuille d'un bloc de post-it ; celle-ci oppose une forte résistance entre mes doigts alors que j'essaie machinalement de la décoller. Je retourne le bloc : non, je n'ai pas écrit sur l'envers, la colle entre les feuilles est seulement complètement desséchée... Désolée, tenez...
-Sinon, la deuxième chose ne concerne peut-être pas directement vos services mais nous devez sans doute avoir une idée... On est en train de s'installer pour un an sur St-Louis et on se demandait comment ça se passe pour les déchets?
-Oui, oui, il faut payer un talibé* qui viendra vider vos poubelles une à deux fois par semaine.
Le type rappelle immédiatement le jeune homme de la chambre à coucher et lui demande en wolof de nous arranger cela rapidement.
-Et bien merci, c'est très gentil, mais vous on va s'arranger, ce n'est pas un soucis. Ce qu'on voudrait savoir surtout, c'est ce qu'il font exactement des déchets ensuite?
-Oui, oui, il vient ; il prend les déchets, il les met dans une poubelle.
-Ok mais ils font quoi ensuite avec les déchets?
-Oui oui, ils emportent les déchets...
-...
Il demande au passage à son collègue si on peut nous fournir une poubelle et un talibé qui va avec, plus précisément sur le quartier où nous allons habiter.
-D'accord, d'accord, on a compris et on va s'acheter une poubelle nous même. Ma question c'est : qu'est-ce qu'il deviennent après les déchets? On a vu des enfants qui vidaient des poubelles dans le fleuve, c'est normal ça?
- Non, ça c'est pas normal, ici on fait de l'enfouissement. Aussi, on fait beaucoup de sensibilisation pour apprendre aux enfants à jeter dans les poubelles. C'est l'éducation qui peut changer les choses!
-Vous avez raison. En même temps, on peut comprendre qu'il soit difficile de faire comprendre à un enfant qu'il ne faut pas jeter par terre dans la ville ou dans le fleuve alors que ce même déchet va visiblement être jeté par terre dans un champs à ciel ouvert débordant sur le fleuve à l'entrée de la ville...
C'est sorti tout seul (j'ai oublié de dire que j'arrête à nouveau de fumer...).
Sourire niais de tout le monde.
-Et sinon, il n'y a pas d'incinérateur ou d'entreprise de revalorisation au Sénégal ?
-Non, madame, il y a un projet en cours pour 2016 à Dakar mais pas pour St-Louis, c'est pour ça que l'on fait de la sensibilisation...
-D'accord, d'accord...
Nous avions malheureusement bien perçu les choses et il n'y a pas d'happy-end à notre enquête pleine d'espoir : c'est bien pollution maximum doublée d'indulgence totale, parce que tu comprends, ici, y a pas d'argent pour les projets... (les 2 milliards de CFA mensuel récoltés dans le cadre des dérives scandaleuses de la mendicité des talibés, direction le coffre-fort des marabouts, ça c'est pas pareil bien que ce soit ces mêmes talibés qui ramassent les poubelles..). Oh punaise, j'ai envie de hurler!!!!!!
Cela ne sert à rien, commençons juste par trouver des solutions pour essayer d'être nous même irréprochables...
-J'ai une dernière question à vous poser : nous avons l'intention de faire un compost dans notre jardin ; je voulais s'avoir si c'était autorisé dans la ville ?
-Un compost!!!!!??
-Oui, vous savez, pour récupérer les déchets organiques et les recycler dans notre potager...
-Ah oui d'accord, je comprends, dit-il en retrouvant son ton serein et concerné. Je ne pense pas qu'il y ait la place pour cela Madame sur Saint-Louis. Peut-être avec Pape à la Réserve de Guembeul...
-...
Je le regarde à mon tour avec surprise : la réserve est à 15 minutes en voiture, mon potager sera dans ma cour, les déchets dans ma cuisine...
-Ok, je comprends, c'est logique... dis-je en me levant.
Je saisis alors toute la niaiserie de ma question dans le regard moqueur ou incrédule de Seb, et à la teneur très formelle de sa réponse : en effet, il serait surprenant qu'il y ait une loi ou un décret régissant cette activité... De toute façon, je doute que nos voisins puissent situer la petite odeur en plus que produira éventuellement le bac et côté vermine.... Ok, ben puisque tout le monde s'en fout, on va pas se priver de faire ce qui nous parait juste!
Nous les saluons un à un chaleureusement alors qu'il s'engage à nous contacter dès le lendemain pour nous transmettre la liste. Nous redescendons dans la rue ravis de cette rencontre amicale et efficace : cela ne va pas être compliqué de trouver à s'occuper ici ; cela dit, cet enthousiasme débordant pour un coup de main gratuit m'inspire un peu de méfiance : faire avec, d'accord, mais pas à la place de... A suivre!
*Talibé (source) : "En Afrique de l’Ouest, un talibé est un élève de l’Islam. Dès son plus jeune âge (vers 5-6ans) l’élève étudie le Coran et termine son apprentissage à l’adolescence. L’éducation traditionnelle des talibés est dispensée par un maître coranique ou marabout dans un daara ; celui-ci se charge de l’enseignement religieux qui s’accompagne d’une vie disciplinaire initiatique (il est par exemple exigé que le jeune étudiant gagne sa nourriture en effectuant des travaux communautaires).
Depuis plusieurs années, cet enseignement subit des dérives scandaleuses réduisant à néant les droits et l’avenir de ces enfants. L’enrichissement des villes attire par centaines les marabouts qui hier exerçaient dans leur village. Parallèlement, la persistance de la pauvreté dans les zones rurales et les pays frontaliers incitent des milliers de parents à confier leurs garçons (parfois âgés de 3 ans à peine) à un maître religieux parti s’installer à Dakar, à Saint-Louis ou à M’Bour. La plupart des familles n’ayant ni les moyens d’indemniser le maître ni d’entretenir leurs enfants, les jeunes talibés expatriés devront s’acquitter chaque jour d’une somme fixée par le marabout en plus de trouver de quoi se nourrir. Il n’est plus question de recevoir l’aumône pendant quelques heures mais de mendier jour et nuit sous peine de violentes représailles. Nombre de marabouts entretiennent cette dérive esclavagiste et exploitent les enfants pour s’enrichir eux-mêmes sans se soucier nullement des conditions de vie désastreuses de leurs jeunes disciples. Depuis l’exode rural, UNICEF évalue à 100 000 le nombre de talibés errant dans les rues de Dakar en quête de quelques CFA. Les talibés se lèvent à l’aube généralement vers 5h pour l’apprentissage du Coran. Puis, vers 8h ils envahissent les rues, seuls ou en petit groupe, pour recueillir l’aumône. Ils sont de retour vers midi dans leur daara et partagent le peu de nourriture qu’ils ont récoltée avec le marabout.
Pendant une à deux heures, ils étudient à nouveau le Coran et retournent dans la rue vers 15h jusqu’au soir, à leur retour, ils reversent la totalité du montant de leur quête à leur marabout. Les talibés interrogés rapportent qu’ils seront battus s’ils ne ramènent pas une somme fixée par leur marabout. Nombreux sont ceux qui doivent mendier plus de 9 heures par jour. Ces enfants participent également à l’économie du pays en accomplissant toutes sortes de petits boulots"... dont la collecte des déchets...Comment leur en vouloir de vider les poubelles dans le fleuve plutôt que faire le trajet de plusieurs kilomètres jusqu'à la décharge?
Bon les dechets c'est sur c'est scandaleux mais le pire c'est les Talibés! pauvres gamins...c'est triste :(
RépondreSupprimerLa combinaison des deux c est bien violent
SupprimerJ'étais convaincue qu'il y aurait une chute liée au fait qu'ils avaient tous des écouteurs ! !
RépondreSupprimerOn va s y mettre aussi pour passer inaperçus ;)
SupprimerQuant à moi, j'ai bien visualisé la scène, et le bouillonnement de Maya ,grâce au style. Et la complexité des situations. Il n'y a que l'exemple, mes cheris, parler ne sert à rien, dans des univers aussi différents, mais vous l'avez compris
RépondreSupprimerSi ça sert de parler :) ce qui ne sert à rien c est de ne pas accepter d être incompris
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