mercredi 12 août 2015

MEDLEY 4 : A la piscine

On est samedi, la moitié de la population est de repos, un quart est occupé à diverses fêtes religieuses, notamment des baptêmes : les cérémonies ont lieux à l’intérieur des cours et les pistes de danse sont installées sur la rue, sous une pergola et sur quelques nattes entourées de chaises, le dj à la sono passe du Mbalax à tue-tête. De chez nous, la piscine du Flamingo c’est toujours tout droit pendant un kilomètre et demi ; le samedi donc, on serpente dans la ville sur 2 kilomètres au moins ; 45 min et une dizaine d’arrêts « he toubab… comment ca va ?" plus tard,  nous arrivons sur la rue qui longe le fleuve vers le Flamingo… Un garçon nous interpelle... LIRE LA SUITE

...pour nous parler d’un concert, visiblement passé depuis 2 mois à l’affiche qu’il pointe du doigt.
Je fronce les sourcils et, le nez retroussé en direction du soleil, je me demande si je ne devrais pas encore une fois me méfier… Ok, c’est moi qui vais poser les questions.
Qu’est-ce que tu fais là tout seul ? J’attends mes copains pour faire un foot. Ils sont où tes parents (il a l’air d’avoir 11 ou 12 ans) ? A Dakar. Ah ! Et c’est à quelle heure le foot, il est tôt là ? C’est à 18h30. Ok ils sont où tes copains là ? A l’école coranique. Et pourquoi tu n’y es pas toi ? Moi je suis catholique. Ah ok… Vous allez où là avec ton fils ? (et merde, j’ai encore perdu la main !!!) On va à la piscine. Ah ! Je peux juste rentrer avec vous pour regarder, sans me baigner ? … Ben je sais pas si les gardiens seront d’accords (hésitation… y a entube là ou pas ?… je sais plus moi !… bon allez, tentons…). Ok, viens. Tu as quel âge au fait ? 15 ans. Ah ouai…

On rejoint Thiouna qui nous attend en nage au bord du bassin et qui nous demande si c’était du 2e degré le Rv à 15h00 (il est 15h50), on se précipite à l’eau pour se rafraîchir, il y a foule aujourd’hui et le maître-nageur a sorti diverses embarcations gonflables… J’avoue, au début, c’est par méfiance pour mes affaires que je jette des regards réguliers sur Jean qui est assis sagement à l’ombre. Puis, je suis interpellée par le renoncement avec lequel il regarde passivement la piscine grouillante. Nos regards se croisent et je baisse le mien, comme mal à l’aise de l’avoir épié et sorti de ses pensées… Je sors de l’eau pour indiquer au gardien que je paierai son entrée, Jean se jette à l’eau en slip dans une bombe magistrale !

Rapidement, il prend Ozzie à ses côtés et le fait grimper sur un crocodile avec le petit Malik, 6 ans. Sur l’embarcation Hippo, il y a deux autres gamins et un ado qui maintient le tout à flots… On commence à s’éclabousser en passant et je ne résiste pas à l’envie de faire dégénérer l’affaire… La piscine se transforme en champs de bataille navale, une dizaine d’enfants dans l’équipe Hippo, idem pour l’équipe Croco, et les parents et le personnel autour du bassin qui ont la banane jusqu’aux oreilles… A mon tour, je monte à califourchon sur le croco, Jean me tient par la taille fermement pour que je reste à l’équilibre, il est hors de question de perdre (il semblerait que j’ai trouvé plus jusque-boutiste encore que moi !), on renverse l’équipe adverse en leur faisant des chatouilles, ils nous traitent de tricheurs et on recommence !

La bataille navale se transforme bientôt en course, des jeunes filles même se sont prises au jeu et montent à leur tour sur les embarcations, tout le monde s’amuse naïvement alors que l’heure de sortir approche. A quelques centimètres de la ligne d’arrivée, je récupère un petit tombé dans la pagaille, et lui sort la tête de l’eau alors qu’il coule. Là, contre toute attente, il hurle avec effroi : « Ahhhhhhhhh Ahhhhhhhhhh !!! ». Je le regarde l’air interrogatif. Alors il éclate de rire : « Je croyais que tu étais un fantôme ! ». On éclate de rire ensemble ! Je tourne la tête et croise le regard de Jean qui me fixe en riant : on se sourit joyeusement d’un bout à l’autre de la piscine. 

9 commentaires:

  1. Maya, on ne se connait pas vraiment, croisées juste à quelques occasions (Les Lubies avec la Demande en mariage ou UBU ou encore l'Assiette d'Hubert Chaperon). Je viens de me plonger dans la lecture de ton blog. D'un bout à l'autre. Merci pour la belle écriture, le partage de vos aventures, la sincérité de tes impressions. Ça fait du bien de te lire et j'y reviendrai avec plaisir. Tu disais dans un de tes 1er article qu'à partir du moment où vous avez annoncé que vous partiez, tout le monde avait un souvenir, une anecdote à raconter à ce sujet...pardon, je ne vais pas déroger...moi je suis arrivée en France, à Bordeaux à 16 ans. J'avais toujours vécu en Afrique, principalement au Gabon. J'étais heureuse de venir en France, et ça a été un choc très violent d'intégrer ce monde si différent : les codes, le froid de l'hiver et la froideur des gens. J'écrivais un journal pour apprendre, comprendre comment ça fonctionnait tout ça...ben oui, internet ça n'existait pas (si, si c'est possible, on arrivait à vivre sans). L'afrique, c'est une partie de moi que je ne peux que rarement partager avec d'autres. enfin voilà quoi, juste te dire merci et vous souhaiter à tous les 3 le bon vent, vivre chaque jour pleinement, avec les grands bleus et les petits blues. Tout ce qui rend bien présent, bien vivant. Amicalement

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Sonia pour ces quelques mots si touchants. Je serais curieuse de lire ton journal et avoir une idée de se que peut être le trajet inverse... J'espère que l'on aura l'occasion de se connaître davantage à notre retour, au détour d'un spectacle sans doute. Inch'allah! Bien à toi. Maya

      Supprimer
  2. J'ai cru à un moment que tous ces animaux étaient de vrais animaux!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et Seb qu'une idylle commençait avec Jean... Z'avez trop d'imagination les mecs! Bisou

      Supprimer
    2. Je comprends la méfiance de Seb:Jean paraît 11 ans mais en déclare 15. Où cela va-t-il s'arrêter?
      Mamik

      Supprimer
  3. Ah j'imagine bien la scène!! Merci encore de nous faire partager vos aventures! Ici c'est J-1 avant Certes, si le temps le veut bien, Luxey, puis Aurillac... Bisous

    RépondreSupprimer
  4. Moi aussi Maya, j'ai bien imaginé la scène; connaissant un peu ton amour de l'eau, ça dut être quelque chose. Et Ozzie va avoir un super souvenir de la fantomette de la piscine et de sa bataille navale!
    Mamik

    RépondreSupprimer
  5. Petite session du dimanche, histoire de ne rien louper de ce qui est raconté ici.
    Profitant de la sieste de Romance ( et de son papa ) pour reprendre ce que j'ai manqué la semaine avant de céder moi même à quelques minutes de repos bonus.
    Toujours autant de plaisir à vous lire.
    Plein de bises. Lucie

    RépondreSupprimer