lundi 31 août 2015

ACTION Reboisement contre l'érosion côtière - Jour 2

Alors on y retourne ?
Apres 3 ou 4 parties de Pouilleux en famille, oust, tout le monde au lit ! Mais 45 minutes plus tard, impossible de me détendre : je repense en boucle aux déchets. J’essaie de comprendre, d’être indulgente, je cherche des bonnes raisons… Je suis sûr qu’ils vont sans doute redouter ma présence maintenant ! C’est vrai, j’ai été arrogante, j’étais tellement retournée ! Rhaaa, j’ai trop honte d’avoir été si condescendante… et demain ? Y retourner et assumer pleinement ma posture ? Ou éviter de me faire du mal et passer l’aprem à la piscine du Flamingo ? Si t’as un peu d’amour propre, t’as pas vraiment le choix en fait…


Quelles priorités ? 
Ok c’est décidé, on y retourne, mais maintenant, j’ai la boule au ventre et impossible pour autant de dormir : que faire ici pour bouger les choses et quelles sont les priorités ? Reboiser pour contrer les effets du réchauffement climatique ? D’accord mais est-ce qu’il ne serait pas préférable de s’attaquer à l’éducation des populations vis-à-vis des déchets, c’est-à-dire l’une des causes du réchauffement climatique ? Oui, d’accord, mais avant ça, ne faudrait-il pas pouvoir disposer d’un système de collecte et de traitements des déchets où ces mêmes populations verraient réellement aboutir leurs efforts dans une chaîne d’actions totale ? Ok, donc il s’agit de faire du lobbying vis-à-vis de la Municipalité qui semble assumer sans honte sa réputation nationale de ville la plus dégueulasse du Sénégal, ce qui par ailleurs ne surprend pas du tout les habitants… Ok alors en fait, la priorité ultime, ça serait plutôt la citoyenneté et la question démocratique ? Mais alors là, c’est clair, on n’est pas prêt de la reboiser la Langue de Barbarie… Et qu’est-ce que je peux faire moi ici en 1 an seulement ?

De digressions en digressions, je tourne en rond dans mon lit comme dans mon raisonnement… Il est minuit et débute alors un concert au Tennis Club, la porte à côté… Je considère un instant l’idée d’aller trouver le sommeil là-bas mais je me rabats aussi sec sur un rapide check Facebook… Il aurait mieux valu s’abstenir : « Tout gay ou lesbienne pris en Gambie verra son sexe coupé et découpé en morceaux ». Waouuu ! Au-delà de la colère qui me gagne à mesure que je lis les commentaires qui abondent positivement, au-delà de mon indignation contre un président dans la droite lignée des dictateurs de la génération précédente qui, au lieu de travailler au développement de leur pays, œuvraient en toute impunité et par le plus vil des populismes à leur seul maintien au pouvoir (et oui, 10 ans déjà pour le président gambien), c’est une sorte de peur panique qui d’un coup me déborde à l’idée de devoir passer encore 10 mois ici… Je me lève pour aller étancher ma soir et je jette au passage un œil dans la cour… Damned ! Le gardien a enlevé ses chaussures et s’est couché sur la banquette, c’est tout juste s’il ne faudrait pas lui remonter sa petite laine… Damned : non pas parce que j’ai peur d’une attaque nocturne de notre maison coloniale dans laquelle il n’y a vraisemblablement pas grand-chose à voler… Damned surtout parce qu’on l’aime bien ce type, et qu’on avait vachement envie de lui faire très naturellement confiance… Étendue sur le dos, j’ai des sueurs froides et je me mets à écouter le moindre bruit : logique, comme le gardien dort, maintenant c’est moi qui veille… Non, c’est pas ça en fait : en réalité, je psychote, et sans même avoir eu le plaisir de fumer un bon gros spliff !!!

Route coupée par le fleuve
Heureusement 5 heures plus tard quand le réveil sonne, c’est comme si tout s’était organisé dans mon esprit sans que j’en ai encore conscience : si à chaque arbre planté tu jettes un plastique, le bilan n’est pas nul mais quasi. Aussi, il y a 2 choses que l’argent n’apportera jamais : c’est la motivation et l’organisation et ça, contrairement à l’argent, j’en ai beaucoup et ça ne me pose pas problème d’en faire don ! Alors, petit-dej illico, douche rafraichissante presto, mini-sac de provisions et Ousmane Taxi nous embarque pour une seconde journée à l’Aire Marine de St-Louis. Notre récente excitation en prend direct un coup cela-dit lorsque l'on se rend compte que le fleuve est trop monté, qu’il y a de gros coef, et qu’en taxi, c’est mort, on ne pourra pas y accéder avant 3h au moins… Evidemment mon contact sur place ne répond pas. Je valide mon texto de renoncement lorsque je vois arriver au loin le 4x4 du Conservateur du Littoral : il se rendait au port en amont de notre trajet pour récupérer un autre collègue. Il nous propose d’attendre ici qu’il repasse nous prendre : Hotel 4 étoiles avec grande piscine ombragée, cocktails maison déjà prêts et bibliothèque attrayante… Je ne vous cache pas qu’au bout de 30 minutes d’attente avec Ozzie, on commence à croiser les doigts pour qu’il ait été à son tour piégée dans le fleuve montant… Et ben non, nous voici embarqués à l’arrière du pick-up qui s’en donne à cœur joie dans les flaques. Pour le plus grand plaisir d’Ozzie, on enchaîne sur un trajet dans les dunes à 4 sur un quad pour rejoindre les équipes déjà en action, aujourd’hui côté océan.
Ma partenaire de ramassage et sa soeur
Et là, quel accueil ! J’entends des « Ha Maya et Ozzie » et « Hey toubab » au loin. Bien sûr, je ne réponds pas « Hey Negro » aux femmes du Gie de Ndar qui brandissent fièrement les bidons dans lesquelles elles ont ramassées ce matin leurs plastiques. Un message serait-il passé… ? Alors qu’Ozzie s’amuse au Géotrouvetout au milieu des ordures, je sillonne la plage comme hier pour collecter les plastiques ; la différence c’est qu’aujourd’hui, certains font la moitié du chemin pour glisser les leurs au fond de mon sac ; j’ai désormais une petite collègue de 14 ans qui m’accompagne fièrement, elle est relayée plus tard par Mohamed qui veut devenir « avocat pour défendre la nature »; les coordinateurs ont même pensé à ramener des sacs en toile comme convenu hier ; avec le Président du Comité de Gestion, on est tombé d’accord sur le fait que l’on pouvait raisonnablement demander à chaque personne d’exécuter 2 gestes d’affilé en tout confiance et ce pour pallier au manque du volet « collectage » du projet (qui n’avait finalement pas été financé par l’Union Européenne…ah bon ?) et que dès lundi, chaque planteur pourrait mettre directement son plastique en poche en attachant celle-ci à sa propre ceinture. Inch’Allah, mais si c’est vrai, c’est une petite victoire ! Et comble du soulagement à la fin de la journée, les 6 sacs de déchets produits par le reboisement ont visiblement été ramenés à l’entrée du site pour collectage municipal… Inch’allah 2.
Retour en pirogue
Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup, de boulot, mais ce n’est pas vain alors ? Pas seulement avec les bénévoles mais avec les têtes pensantes aussi… L’un était fier de me dire qu’il avait mis son pochon d’eau dans ses affaires pour ne pas le jeter dans le fleuve, l’autre va droit au but en me demandant une mise en relation avec des « appuis » dans mon pays… Je lui rétorque qu’en France, nous nettoyons nous-même nos plages et que nous ne touchons pas des sub pour cela ; que tous les projets qui vivent sous perfusion finissent un jour par s’arrêter, ce qui serait très ennuyeux dans un enjeu tel que la préservation d’une aire marine, non ? Une subvention devrait toujours servir à initier une logique économique propre, locale et ne pas être la fondation opportuniste et fragile d’un château de carte… On me rétorque qu’ici, avec l’Islam, tu comprends, l’écotourisme est vite perçu comme la mise en œuvre masquée des lieux de débauche… ah non, je ne comprends pas non… et je dois dire que dans le lot de toutes mes digressions, je n’y aurais jamais pensé à ce problème-là… Ça tchatche, ça plante, ça ramasse, le tout à tour de bras ; j’échange une danse contre un plastique et je comprends que mon entrée en scène hier comme un éléphant blanc dans un jeu de quilles a peut-être un poil cassé la routine et rendu la tâche un peu moins pénible ; surtout nos présences à Ozzie et moi semblent légitimer doublement la leur et suscite l’envie de faire bien ; aussi ce qui m’outrait tellement hier leur était tout simplement inconnu...

Retour en 4x4
Alors, agglutiné à l’arrière du pick-up qui nous ramène sur l’Île, on traverse Guet Ndar les cheveux au vent et, entre 2 sursauts causés par les épais et réguliers dos d’âne, je pense à la richesse de cette expérience et à la chance que nous avons de vivre cela ensemble, ici, Ozzie et moi. Je mesure déjà le trajet parcouru en 2 mois et les différents états de réflexion que nous avons traversés aussi avec Seb. On ne peut pas seul et en un jour révolutionner/sauver le monde mais on peut apprendre à y être soi, ici et là-bas, un jour partout inch’Kouchkouch… En tout cas, rassurez-vous les amis, cette aventure commence à nous plaire vraiment !

3 commentaires:

  1. Super mes colibris, la graine a déjà germé, c'est vrai que nous sommes sous les Tropiques:)) Je me sens dans l'obligation de résultat à l'amap, moi qui n'ai même pas à mettre les pieds dans la gadoue!!!
    Je compte sur tes encouragements, Ozzie! Et j'en profite pour te souhaiter une belle rentrée.
    Plein plein de bisous, chère petite famille
    Mamik

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  2. Chapeau bas Maya pour ta persévérance.
    Pas simple de changer les habitudes.
    Hier, il y avait une émission sur France Inter sur les détritus des bas-côtés des routes françaises. C'est pas folichon. Y a encore du boulot !!!
    Je profite de ce message pour souhaiter une bonne rentrée à Mister Ozzie

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    1. Je te souhaite aussi une belle rentrée, non? Tu nous racontes ca sur skype bientôt?
      Bisou à la grande famille !

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