Trois mois se sont déjà écoulés depuis le dernier article... Entre temps, les idées ont cheminées ; la contemplation a laissé place à l'action ; des aventures ont vécues avec des personnes à qui j'ai envie de rendre hommage, pour ce qu'elles sont, pour les volontés qu'elles incarnent, et pour toujours se rappeler... En filigrane donc, sur les prochains articles, quelques visages de cette ville qui nous aura ouvert les portes de l'Afrique, que nous quitterons sous peu mais qui aura su marquer nos mémoires par sa forte personnalité : Saint-Louis la Pieuse Mouride, l'Aride ventée, l'Isolée Grouillante, la Bruyante endormie... Aussi, dans cette galerie de portraits, quelques facettes de ce Sénégal qui a tant encore à nous apprendre et que nous ne quitterons pas, Lui, comme convenu en juillet... Et oui, c'est officiel : nous nous installons à Dakar courant Juin. Alors ne m'en voulez pas si l'on sent déjà un air de nostalgie dans mes écrits : c'est en conscience de partir que l'on réalise ce qui va finalement tant nous manquer... Et pour commencer, je voudrais vous présenter Massamba.
A l'origine de ma rencontre avec Massamba, la mise en place des nouveaux rythmes scolaires à l'Ecole Française au mois d'octobre, mon envie de proposer une sensibilisation aux enjeux écologiques dans le cadre des activités périscolaires, bref la mise en place d'un potager au sein de l'école. Grâce à la générosité des 2 Djibi (l'un est notre ami-menuisier qui nous aida à délimiter un espace de culture, l'autre est le patient concierge de l'école qui accepta de prendre en charge l'arrosage quotidien de notre bande de terre expérimentale), au terme de l'hivernage, le potager, Andraina et moi étions fin prêts pour initier les marmots à l'écologie.
Allons-y gaiement pour l'épandage à la main du compost à base de fiente animale par un groupe de gnomes grimaçants (n'y voyez pas là la vengeance savoureuse de 2 mamans sorties récemment des corvées de couches...quoique...), la collecte parfois machiavélique de bestioles en tout genre à vocation de réintroduction dans notre parcelle, les arrosages qui dégénèrent fatalement, par 40 degrés au soleil en batailles rangées, ainsi que les dépôts minutieux et plein d 'amour, de graines bisoutées avec espoir, au fond de petits trous réalisés par des dizaines de mini doigts potelés... A ce moment-là je me disais : jusqu'ici tout va bien, jusqu'ici tout va bien... Mais lorsque les racines de nos pousses adorées ont été assez longues pour être attaqué par les nématodes, que notre sol fertile a été goulûment avalé par le sol sableux de l'île, que le vent a fini d'épuiser les plantes en mal de nutriments, et que les oiseaux voraces ont intégré la logique du planning des récréations pour venir se rassasier en toute tranquillité de nos jeunes tiges, j'ai compris que plus dure serait l’atterrissage..! Aïe aïe aïe, je me voyais déjà en train de devoir concéder devant cette centaine d'enfants optimistes et tel que me l'avaient répété avec force conviction les collègues de mon mari, qu'on ne pouvait décidément pas faire autrement qu'éradiquer la micro-biodiversité des sols par des insecticides et des engrais fertilisants... Rhhhaaaa...
Et c'est là que, comme une apparition, Massamba entre en scène. Certes, il n'a pas vraiment sauvé la récolte pour cette année car il aurait fallu ici cultiver hors-sol, mais c'est désormais un véritable projet auquel il s'adonne pour l'année prochaine. Il a surtout transmis à chacun la recette de ce produit naturel à base de feuilles de Nim (un arbre très répandu ici) permettant de se débarrasser des parasites. Avec patience et les moyens du bord, il a tenté de nombreuses semis, transporté nombres de sacs de terreau pour fertiliser la terre et échanger humblement avec chaque enfant et professeur. Le potager est ainsi devenu un lieu de rendez-vous privilégié pour chacun, où l'on fait ensemble, où l'on contemple le vivant en compagnie de Massamba, l'amoureux de la terre et de la vie. Progressivement, Massamba a pris en charge l'ensemble des ateliers avec les enfants et a pu même négocier une rétribution pour ce qui était au départ une activité bénévole.
Souvent les mardis et jeudis, vers 14h15 c'est à dire à la fin des ateliers, j'entends toquer au portail de mon jardin et je sais par avance que c'est Massamba qui, après m'avoir fait promettre qu'il ne me dérange pas, vient jeter un coup d’œil inquiet mais bienveillant sur les plantations que nous avons faites ensemble. Il ausculte alors chaque bouteille de Kirene recyclée en pot de fortune pour s'assurer qu'Astou et moi prenons bien soin de notre dizaine d'espèces pensionnaires. Puis, on s'assoit autour d'un verre d'eau glacée pour parler développement agro-économique, permaculture, biodiversité et écologie... Massamba est un passionnée du vivant, il croit au monde qui change, à notre responsabilité, il fait parti des personnes précieuses ici qui ne relèguent pas la préservation de la nature au rang de moindre priorité. Nos conversations sont riches et vives, elles sont douces pour moi qui me demande si souvent, bon dieu, comment les gens peuvent-ils ici accepter de vivre dans une telle pollution, dans un monde tellement abîmé. Pour moi, Massamba incarne l'espoir.
Et Massamba incarne aussi la volonté d'agir. Voici qu'il nous invite à visiter les jardins de l'ISRA dans lequel il pratique bénévolement : mis à disposition par le Ministère de l'Agriculture, ce jardin d’expérimentation est en ce moment majoritairement garni d'oignons soumis aux fertilisants et pesticides. Mais Massamba, envers et contre l'incrédulité de ses collègues volontaires, s'est réservé un petit espace pour une production biologique. Il a aussi réservée un espace pour la production de légumes par et pour les enfants d'un daara : ce sera toujours cela de moins à mendier pour manger. Massamba et ses collègues organisent par ailleurs un pépinière dont les achats par les riverains servent à remplir une caisse noire pour les coups durs dans ce daara, une grave blessure par exemple. En plein coeur de Saint-Louis, le jardin de l'ISRA débouche sur une magnifique cocoteraie, sorte d'oasis insolite au cœur de l'urbanité à outrance : on devine aisément que sa production, plus lucrative elle, revient évidemment au Ministère qui en dispose... Chamboulée par cette visite toute en paradoxes et profondément révoltée par le milieu agro-industriel comme il va (la transmission de masse des pratiques polluantes comme seule opportunité de développement alors qu'elles sont justement la cause de la stérilisation y compris des sols et des solutions à longs termes), je serre Massamba dans mes bras avec la force de l'espoir qu'il sera bientôt rejoint par nombre de convaincus. Nos regards mouillés se croisent avec urgence et tendresse lorsqu'il m'offre une sélection des belles de son jardin, comme si, à tort, il s'excusait... A cet instant, je regrette d'être en colère même s'il sait que ce n'est pas contre lui. Il sait que j'admire sa force et que j'ai confiance en lui. Mieux : il me donne confiance en demain, pour ici.
Dans son quartier de la Corniche, avec une dizaine d'amis, Massamba organise aussi le nettoyage des berges du fleuve et replante des arbres sur les trottoirs en tentant de responsabiliser les riverains sur l'entretien de leur environnement proche. J'ai hâte qu'ait lieu la rencontre entre les membres assidus du Greenpeace Local Group et ce groupe d'éco-militants, normalement lors qu'un BBQ convivial au jardin de l'ISRA ; je croise surtout les doigts pour qu'une éventuelle alliance fasse naître de nouveaux projets d'actions sur la ville et pourquoi pas un second Greenpop...? En attendant, Massamba et Alioune sont d'ores été déjà en contact pour monter un second potager dans une école, cette fois-ci purement sénégalaise, à Pikine. Massamba, voici de jolies petites graines semées au vent de Saint-Louis : sache qu'au besoin je serais là pour les arroser, même depuis Dakar. A bientôt mon ami.
ah enfin des nouvelles
RépondreSupprimerc'est tout l'enjeu de ce projet qui te redonne envie d'écrire? tant mieux
article plein d'espoir pour tes convictions et tes combats
ah sa fait vraiment plaisir de voir MASSAMBA UN GARS dévoué à la tache avoir de si beau resultat et cela me fait enorméma plaisir de savoir qu'ils ya des personnes qui partage cette cause aussi noble merci massamba et merci a vous pour ce magnifique article continuons a lutter pourla causse des talibés tt les moyens sont pour aider ses taalibés MERCI !
RépondreSupprimerah sa fait vraiment plaisir de voir MASSAMBA UN GARS dévoué à la tache avoir de si beau resultat et cela me fait enorméma plaisir de savoir qu'ils ya des personnes qui partage cette cause aussi noble merci massamba et merci a vous pour ce magnifique article continuons a lutter pourla causse des talibés tt les moyens sont pour aider ses taalibés MERCI !
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